Ferhadija : une promenade dans la Sarajevo austro-hongroise
Qu'est-ce que la balade de Ferhadija et combien de temps prend-elle ?
Ferhadija est l'avenue piétonne qui part vers l'ouest depuis Baščaršija, là où l'architecture de Sarajevo bascule de l'ottoman à l'austro-hongrois, à une ligne marquée dans le pavement. La parcourir d'un bout à l'autre, en passant devant la cathédrale du Sacré-Cœur, la synagogue ashkénaze puis jusqu'à la Vijećnica, prend moins d'une heure à un rythme tranquille.
Marchez assez loin vers l’ouest le long des ruelles pavées de Baščaršija, et la ville change sous vos pieds avant de changer au-dessus de votre tête. Une ligne incrustée dans le pavement marque l’endroit précis, et au-delà, les devantures cessent d’être ottomanes pour devenir austro-hongroises : façades en pierre, balcons en fer forgé, une cathédrale à la place d’une mosquée. Cette rue, c’est Ferhadija, et la parcourir d’un bout à l’autre est le moyen le plus rapide de comprendre pourquoi Sarajevo a ce visage double, en moins d’une heure.
Où finit la Sarajevo ottomane et où commence la Sarajevo austro-hongroise
Sarajevo a été fondée comme ville ottomane, et Baščaršija en est le cœur commercial d’origine. Cela a changé le 28 juillet 1878, lorsque le congrès de Berlin a confié l’administration de la Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie. L’administration habsbourgeoise, formellement dirigée depuis Vienne mais gérée en pratique par des gouverneurs comme Benjámin Kállay, a traité Sarajevo comme une vitrine : larges avenues, bâtiments administratifs, une cathédrale, une synagogue construite selon des modèles européens, l’éclairage au gaz puis à l’électricité, et un tramway hippomobile en 1885, électrifié en 1895 — l’un des plus anciens réseaux de tramway urbain d’Europe, et toujours l’épine dorsale des déplacements dans la ville aujourd’hui.
Résultat : ce n’est pas une ville avec un quartier austro-hongrois greffé à distance sur un quartier ottoman. C’est une seule rue, Ferhadija, où les deux se rejoignent directement. Pour qui vient de passer une heure dans les ruelles de Baščaršija, le changement est immédiat : la rue s’élargit, le pavement change, les devantures passent des étals en bois aux arcades en pierre, et en quelques centaines de mètres, on se retrouve face à une cathédrale catholique.
La ligne de rencontre des cultures
Près de l’extrémité de Sebilj, là où Baščaršija cède la place à Ferhadija, une bande marquée traverse le pavement. Elle existe spécifiquement pour montrer aux visiteurs le point exact où l’urbanisme ottoman s’arrête et où l’urbanisme austro-hongrois commence. Placez-vous dessus et regardez dans les deux sens : à l’est, des ruelles pavées étroites et des bâtiments bas en bois ; à l’ouest, une avenue pavée rectiligne bordée d’immeubles en pierre de deux à trois étages, dans un style d’Europe centrale bien reconnaissable.
C’est un détail modeste, facile à manquer, mais c’est aussi la preuve la plus concrète, dans toute la ville, d’un fait que les guides ne font souvent que décrire : Sarajevo n’a pas évolué progressivement de l’ottoman à l’européen. Elle a été construite en deux phases distinctes, de part et d’autre de 1878, et la jonction entre les deux est visible, pas seulement historique.
Parcourir Ferhadija : que voir, et dans quel ordre
La balade se fait dans un seul sens, de la ligne de rencontre des cultures vers la Vijećnica, et elle est assez courte pour se faire sans planifier les arrêts à l’avance.
| Étape | Distance depuis la ligne | Ce que c’est |
|---|---|---|
| Ligne de rencontre des cultures | 0 m | Bande marquée où se rejoignent la Sarajevo ottomane et austro-hongroise |
| Section commerçante de Ferhadija | 100–300 m | Avenue piétonne, cafés, arcades de style européen |
| Cathédrale du Sacré-Cœur | environ 350 m | Cathédrale catholique néogothique, construite en 1889 |
| Synagogue ashkénaze et musée juif | environ 500 m, légèrement à l’écart de Ferhadija vers la rivière | Construite en 1902, synagogue toujours active |
| Vijećnica | environ 700–800 m | Ancien hôtel de ville, aujourd’hui bibliothèque nationale et universitaire |
Parcourue directement, la balade prend 15 à 20 minutes. Avec un arrêt à l’intérieur de la cathédrale, un passage par la synagogue et le musée, et une vraie visite de la Vijećnica, elle remplit confortablement une matinée ou une fin d’après-midi, et se combine facilement avec une pause café en chemin, puisque Ferhadija est bordée de cafés à mi-chemin entre la tradition du café bosnien de Baščaršija et la culture de café plus européenne apportée par l’administration austro-hongroise.
Cathédrale du Sacré-Cœur (1889)
La cathédrale du Sacré-Cœur de Jésus est la plus grande cathédrale de Bosnie-Herzégovine et le siège de l’archidiocèse de Vrhbosna. Achevée en 1889, dans un style néogothique librement inspiré de Notre-Dame de Paris, ses deux flèches jumelles sont l’un des premiers éléments qui marquent la silhouette austro-hongroise de la ville depuis la distance, comme les minarets marquent la silhouette ottomane. Une statue du pape Jean-Paul II se dresse sur la petite place devant l’édifice, en mémoire de sa visite en 1997 dans la ville, pendant les années difficiles de l’après-guerre. L’intérieur est généralement ouvert aux visiteurs en dehors des messes ; il n’y a pas de droit d’entrée, mais un don est bienvenu.
La place devant la cathédrale est aussi un bon endroit pour mesurer à quel point l’administration austro-hongroise a délibérément utilisé l’architecture pour affirmer un message. Il ne s’agissait pas d’un bâtiment inséré tant bien que mal parmi les rues existantes : lui, comme l’avenue qui y mène, ont été conçus comme un nouveau centre civique cohérent, distinct du centre ottoman situé à quelques centaines de mètres.
La synagogue ashkénaze et le musée juif
Un court détour hors de Ferhadija, en direction de la Miljacka, mène à la synagogue ashkénaze, construite en 1902 pour la communauté juive ashkénaze de la ville, dont le nombre a crû après 1878 avec l’arrivée d’administrateurs, de fonctionnaires et de commerçants austro-hongrois venus du nord. Elle est toujours une synagogue active et abrite, dans le même bâtiment, le Musée juif de Bosnie-Herzégovine, qui couvre à la fois la communauté séfarade installée dans la ville depuis le XVIe siècle et les arrivées ashkénazes plus tardives. Les horaires d’ouverture sont plus restreints qu’à la cathédrale ou à la Vijećnica ; mieux vaut donc vérifier sur place avant de faire le déplacement spécialement.
L’histoire juive séfarade plus ancienne de Sarajevo — la communauté arrivée après 1492, la Haggada de Sarajevo aujourd’hui conservée au Musée national, et l’ancienne synagogue séfarade près de Baščaršija — s’ajoute au récit austro-hongrois raconté sur Ferhadija plutôt qu’elle n’en fait partie ; les lecteurs voulant une vision plus complète trouveront leur compte dans un guide qui lui est dédié plutôt que dans celui-ci.
La Vijećnica : où se termine la balade
Ferhadija débouche sur la Vijećnica, l’ancien hôtel de ville de style pseudo-mauresque achevé en 1896 et, depuis 1949, bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine. C’est le bâtiment de l’époque austro-hongroise le plus photographié de la ville, et aussi celui dont l’histoire est la plus lourde : pendant le siège, dans la nuit du 25 au 26 août 1992, il a été bombardé et incendié, détruisant environ deux millions de livres et de manuscrits.
Il a rouvert, reconstruit, le 9 mai 2014. L’entrée coûte environ 10 KM et inclut la cour intérieure et les étages d’exposition ; le bâtiment mérite à lui seul la courte marche, même sans entrer, tant sa façade rayée et ses arcs en fer à cheval sont visibles gratuitement depuis les berges de la rivière.
Terminer la balade ici constitue aussi un point de bascule naturel : traversez la Miljacka et vous voici tout près du pont Latin, où l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914 est traité en détail ailleurs.
Aspects pratiques : tram, durée et tarifs
Les lignes de tram de Sarajevo, numérotées de 1 à 6, longent la vallée près de ce quartier plutôt que de traverser la section piétonne de Ferhadija elle-même. Un ticket coûte environ 1,80 KM acheté en kiosque, un peu plus acheté auprès du conducteur, et doit être composté (validé) une fois à bord. Pour cette balade en particulier, le tram est surtout utile pour le retour, ou pour rejoindre rapidement le point de départ depuis plus loin, la balade elle-même étant assez courte pour se faire entièrement à pied.
| Élément | Coût | Remarques |
|---|---|---|
| Cathédrale du Sacré-Cœur | Gratuit (don bienvenu) | Ouverte en dehors des messes |
| Synagogue ashkénaze / musée juif | Petit droit d’entrée | Jours d’ouverture limités, à vérifier sur place |
| Vijećnica | environ 10 KM | Intérieur et expositions |
| Ticket de tram | environ 1,80 KM | Prix kiosque ; à valider à bord |
N’importe quel moment de la journée convient, car aucun de ces bâtiments ne dépend d’une lumière particulière pour les photos, contrairement, disons, à un point de vue. Tôt le matin ou en fin d’après-midi, il y a moins de monde sur les bancs de Ferhadija et devant ses cafés, mais la rue est rarement bondée, même en haute saison.
En quoi cela diffère d’une balade à Baščaršija
Autant être clair sur ce que n’est pas cet itinéraire. Baščaršija est le bazar ottoman fondé vers 1462 par Isa-beg Ishaković : la fontaine Sebilj, les chaudronniers de Kazandžiluk, la mosquée Gazi Husrev-beg, des ruelles étroites conçues pour le commerce plutôt que pour les processions. Un guide dédié à Baščaršija couvre ce terrain en détail, et c’est une rue d’un genre très différent de Ferhadija à presque tous les égards — largeur, matériaux, fonction, et les six siècles d’histoire qu’elle représente.
Cet itinéraire prend le relais chronologiquement : les quarante années de domination austro-hongroise, de 1878 au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, et les bâtiments que cette période a laissés debout. C’est une balade plus courte et plus architecturale qu’un circuit à Baščaršija, mieux comprise comme une seule rue continue que comme un quartier à arpenter, et elle constitue un second temps naturel après une première matinée en ville plutôt qu’une excursion à part entière.
Pour une balade qui replace ce tronçon dans le contexte d’une première journée ou deux à Sarajevo, voir les guides une journée et quartiers ; pour une version plus lente et guidée du même itinéraire, une visite guidée de la vieille ville et du quartier austro-hongrois couvre les deux moitiés ensemble.
une visite guidée qui couvre à la fois la vieille ville ottomane et le quartier austro-hongrois le long de Ferhadija
est un moyen simple de faire cet itinéraire avec quelqu’un capable de signaler des détails — la ferronnerie de certains balcons, les devantures d’origine encore en activité — faciles à manquer en marchant seul. Pour une alternative en plus petit groupe partant d’une autre partie de la vieille ville,
cette visite guidée des quartiers historiques de Sarajevo
passe elle aussi près de cette même transition architecturale.
Avenue Ferhadija et quartier austro-hongrois : FAQ
Combien de temps prend la balade de Ferhadija ?
L’avenue elle-même fait moins d’un kilomètre. Parcourue directement de la ligne de rencontre des cultures jusqu’à la Vijećnica, elle prend 15 à 20 minutes ; comptez 45 minutes à une heure si vous vous arrêtez à la cathédrale, à la synagogue et au musée juif en chemin.
Où commence le quartier austro-hongrois ?
À l’extrémité ouest de Baščaršija, là où débute Ferhadija, une ligne incrustée dans le pavement marque le point où le bâti ottoman cède la place à l’architecture austro-hongroise. Tout ce qui se trouve à l’ouest de cette ligne, y compris la cathédrale du Sacré-Cœur et la Vijećnica, a été construit après 1878.
Qu’est-ce que la ligne dans le pavement de Ferhadija ?
C’est une bande marquée, proche de l’extrémité du Sebilj, incrustée dans le sol pour montrer précisément aux visiteurs où s’arrête la Sarajevo ottomane et où commence la Sarajevo austro-hongroise. D’un côté, la rue est étroite et pavée, bordée de devantures ottomanes ; de l’autre, elle s’élargit en une avenue de style européen bordée de façades en pierre.
La synagogue ashkénaze est-elle ouverte aux visiteurs ?
Le bâtiment abrite le Musée juif de Bosnie-Herzégovine et est ouvert aux visiteurs selon des horaires fixes, la salle de la synagogue elle-même servant encore aux offices. Vérifiez les jours d’ouverture sur place avant votre visite, car les horaires sont plus restreints qu’à la cathédrale ou à la Vijećnica.
Combien coûte l’entrée à la Vijećnica ?
L’entrée coûte environ 10 KM. Le bâtiment est l’ancien hôtel de ville de Sarajevo et, depuis 1949, sa bibliothèque nationale, reconstruit après l’incendie d’août 1992 et rouvert en 2014.
Peut-on prendre le tram le long de Ferhadija ?
Les lignes de tram de Sarajevo longent cet axe plutôt qu’elles ne passent directement par la section piétonne de Ferhadija. Un ticket coûte environ 1,80 KM acheté en kiosque, un peu plus à bord, et il est surtout utile pour revenir à votre point de départ plutôt que pour la balade elle-même.
Ferhadija est-elle différente de Baščaršija ?
Oui. Baščaršija est le bazar ottoman fondé vers 1462, avec ses mosquées, ses chaudronniers et la fontaine Sebilj. Ferhadija est le prolongement de ce même axe piéton, bâti sous l’administration austro-hongroise après 1878, avec une cathédrale, une synagogue et une architecture en pierre de style administratif plutôt que des échoppes de bazar.
La cathédrale est-elle ouverte en dehors des messes ?
La cathédrale du Sacré-Cœur est généralement ouverte aux visiteurs entre les offices, en journée. Évitez de la traverser pendant une messe ; l’extérieur et la petite place devant elle, avec sa statue du pape Jean-Paul II, sont visibles à tout moment.
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